( 15 février, 2013 )

Prophetie et vie de la Bienheureuse Catherine de Racconigi

Bienheureuse Catherine de Racconigi

source du texte : http://forumdeprieres.forumsactifs.com/t2794p15-propheties-des-peres-des-saints-et-bienheureux-de-l-eglise

Catherine de Racconigi (1547)

La bienheureuse Catherine de Racconigi (1446-1547) est une tertiaire dominicaine du Piémont en Italie. Cette vierge italienne, voyant les premières sessions du Concile de Trente, annonce que les divisions de la Sainte Église ne seraient pas menées à bon terme par ce Concile. Avant la rénovation de l’Eglise, elle voit les châtiments à venir, ce qui la laisse à demi-morte :Le protestantisme gagnera du terrain, même en Italie ; jusqu’à que le Turc l’envahisse et qu’elle souffre, pour la seconde fois de la peste.Il n’y aura pas de concile complet ou parfait avant le temps où viendra le très saint Pontife que l’on attend pour la future rénovation de l’Eglise.Notre Seigneur indigné contre ses pasteurs et la barque de l’Eglise sur le point de couler, mais elle se sauve, guidée par Saint Grégoire (le grand Pape).Les infidèles se convertiront alors avec une grande ferveur d’esprit à la sainte Religion.Bienheureuse Catherine de Racconigi

Bienheureuse
CATHERINE DE MATTEI de Racconigi
Religieuse du Tiers-Ordre séculier
(1486-1547)
fêtée le 5 septembre

Bienheureuse Catherine de RacconigiCatherine de Racconigi est une des vierges les plus illustres du Tiers-Ordre de la Pénitence de Saint-Dominique, sa vie est toute merveilleuse, sa sainteté extraordinaire et ses vertus vraiment héroïques : prophéties, extases, visions, grâces, miracles de toutes sortes remplirent son existence. Les Anges, les Saints, spécialement saint Dominique, saint Pierre martyr et sainte Catherine de Sienne, qu’elle considérait comme son père, sa mère et ses maîtres, lui apparaissaient fréquemment. L’Esprit Saint descendit visiblement sur elle : la Reine des Anges la réjouit souvent de sa douce présence ; Notre-Seigneur en fit son épouse bien-aimée. Il la combla de présents, lui donna des anneaux, des croix, et même lui plaça sur la tête une couronne d’épines, la favorisa des sacrés stigmates ; enfin, par une faveur toute spéciale, il lui enleva son cœur et le lui rendit ensuite avec ces mots écrits en lettres d’or : « Jesus, spes mea : Jésus, mon espérance. »

Un grand nombre d’auteurs, surtout dans l’Ordre des Frères Prêcheurs, ont écrit sur cette sainte Tertiaire ; mais tous ont puisé à une source commune, dans l’histoire qu’en a donnée Jean-François Pic, prince de la Mirandole, neveu du fameux savant du même nom. C’est là qu’il faut recourir pour connaître à fond cette illustre Dominicaine, dont la sainte Église, répétant le mot d’un ancien auteur, a fait un si grand éloge, en disant : « Entre la vierge de Racconigi et la vierge de Sienne, il n’y a de différence que la canonisation. »

Dans cette notice, nous ne ferons qu’abréger l’ouvrage composé pat Pic de la Mirandole et revu par le Père Pierre Martyr Morelli, Dominicain, dernier confesseur de la Bienheureuse. Le vénérable Religieux le compléta en y ajoutant des choses que ce savant avait ignorées, ou n’avait pu savoir, puisqu’il était mort quinze ans avant le départ de Catherine pour le ciel. Ainsi s’est accomplie la prophétie où la vierge annonçait que les grâces qu’elle avait reçues du Seigneur seraient rendues publiques dans l’Église par deux personnes différentes qu’elle connaissait bien. Voilà pourquoi, en lisant cet ouvrage, on y trouve avec surprise des chapitres, les uns de Pic de la Mirandole, les autres de Morelli, et plusieurs de l’un et de l’autre[1].

I

Racconigi, délicieuse localité du Piémont, reçut du ciel l’honneur de donner le jour à notre Bienheureuse, en l’an du Seigneur 1486. Ses parents, Grégoire Georges de Mattei et Billia Ferrari, étaient tombés dans une grande gêne à la suite des guerres qui depuis longtemps désolaient l’Italie. La mère, ne pouvant plus allaiter sa fille, la faisait porter tous les jours à quelques nourrices du voisinage qui en prenaient soin par charité.

Dieu se plut à répandre sur l’âme candide de l’enfant ses miséricordieuses prévenances. A cinq ans, l’aimable fillette n’éprouvait pas de plus grand bonheur que de rester agenouillée devant une statue de la Sainte Vierge ou de se retirer à l’écart pour vaquer tranquillement à la prière. Elle était là, un matin, dans sa petite chambre, quand une blanche colombe vint se poser sur son épaule. Catherine, effrayée, s’écria : « Jésus, Jésus ! » Aussitôt un rayon de lumière, partant du bec de la colombe, s’en alla mourir sur ses lèvres. En même temps, une belle dame revêtue de lumière apparut et dit : « Que le nom de Jésus soit toujours dans ton cœur, ma fille.— Qui êtes-vous, Madame, demanda Catherine, et comment êtes-vous entrée sans ouvrir la porte ? — Je suis la Mère de Jésus-Christ, et je veux que tu te donnes tout entière à mon Fils. — Où donc est-il, votre Fils ? — Bientôt tu le verras ; mais il faut te donner à lui avec tout ce que tu as de plus cher. — Hélas ! moi si pauvre, que pourrai-je bien lui offrir ? — Mon Fils ne veut que ton cœur ! — Mon cœur, où est-il ? Si vous le trouvez, bien volontiers je le lui donnerai ! »

La Reine des vierges, avec un sourire, mit la main sur la poitrine de Catherine et lui dit : « Là est ton cœur, tu le donneras à mon Fils, chaque fois que tu obéiras à ses commandements et souffriras quelque chose pour son amour. »

A ce moment parut un enfant merveilleusement beau, vêtu d’une robe immaculée et entouré d’un chœur d’Anges : « Voici mon Fils, dit Marie, voici Jésus, ton Rédempteur, Celui que tu dois choisir pour Époux. —- Non, jamais, répondit l’humble petite, je n’oserais faire une si grande chose. — Ne crains rien, je veux qu’il en soit ainsi et que tu gardes à Jésus ta virginité. — Hé bien, je suis prête à faire tout ce qui vous plaira. » Notre-Dame présentant à son Fils la nouvelle fiancée, Jésus dit aussitôt : « Je l’épouse avec joie, parce qu’elle est une perle précieuse que j’ai acquise de mon Sang. »

Alors la divine Mère prit la main de son Fils et celle de Catherine, en disant : « Ma fille, je t’unis présentement à Jésus dans la foi, l’espérance et la chanté. » Puis elle tira de son doigt un magnifique anneau et le passa au doigt de Catherine. Jésus, de son côté, chargea un séraphin de veiller désormais sur son épouse, de concert avec l’Ange gardien qu’elle avait reçu en naissant, et il donna pour maîtres à l’heureuse vierge saint Pierre martyr et sainte Catherine de Sienne.

Une autre vision, qu’eut notre vierge à l’âge de sept ans, fut la marque des tribulations dont son âme serait abreuvée. Elle priait, dans l’église des Pères Servites, devant l’image de saint Pierre martyr. Le Saint lui apparut, tenant en main une coupe pleine de sang. « Prends ma fille, lui dit-il, prends cette coupe, et goûte le précieux sang de Jésus-Christ : sache qu’un jour tu boiras au calice de son amère Passion. » II achevait à peine que l’Enfant divin se montra, portant une croix sur l’épaule et s’adressant à Catherine : « Pierre, mon fidèle Serviteur, que je t’ai donné pour maître, a souffert le martyre pour mon amour ; afin que tu puisses lui ressembler, je te laisse cette croix. Au début, elle te paraîtra dure et pesante, mais, par l’accroissement de mon amour en toi, tu la trouveras bientôt douce et légère. »

Dès ce moment Catherine éprouva une merveilleuse ardeur de souffrir pour son Bien-Aimé, à ce point qu’elle souhaitait vivement d’aller en pays infidèle dans l’espoir d’y cueillir la palme du martyre.

Le démon, jaloux des dons parfaits que cette enfant recevait du Seigneur, chercha par tous les moyens en son pouvoir à la détourner du droit chemin. Vains efforts : une jeune fille de dix à douze ans le couvrait de confusion par des réponses pleines d’à-propos qui démasquaient sa malice et déconcertaient sa fierté. Un jour Satan, transformé en ange de lumière, réclamait ses hommages. « Si tu étais vraiment Celui que tu oses représenter, dit Catherine, tu ne demanderais pas de moi l’adoration, tu la voudrais pour Dieu seul. Inutile de feindre, tu es le déchu du ciel, puisque tu t’obstines dans ton antique orgueil : rentre dans l’abîme. »

Un autre jour, deux malins esprits apparurent à Catherine avec les insignes du martyre, lui offrant leurs blessures à vénérer. La pieuse enfant comprit tout de suite à qui elle avait affaire. « Vous êtes martyrs! dites-vous; oui martyrs non de la foi, mais de l’enfer, et vous pouvez bien vous glorifier de vos peines, parce que votre orgueil les a méritées. »

Une autre fois encore, c’était vers la fin de sa vie, le démon chercha à la jeter dans le désespoir par le raisonnement suivant : « A quoi bon te fatiguer en vain ! Tu serais mieux inspirée de songer à ton repos, car après la mort tu ne pourras jouir d’aucun bien : l’âme meurt en même temps que le corps, nous en avons la certitude. De tant de milliers de personnes qui ont vécu saintement, aucune n’est jamais revenue porter des nouvelles d’au-delà du tombeau, et consoler ses amis : ce qu’elles n’auraient pas manqué de faire, si les âmes étaient véritablement immortelles. »

« Mensonge ! Mensonge ! répondit Catherine, sous le coup d’une sainte indignation. Comment oses-tu me tenir un pareil langage, toi qui as éprouvé à ta honte que plusieurs âmes bienheureuses, unies autrefois à un corps mortel, sont venues à mon aide lorsque tu m’outrageais ? Tu ne peux mourir, toi : il en est de même de toute âme humaine créée à l’image de Dieu. Mais tu es banni pour toujours de cette paix que goûtent les élus, et si grande est l’envie qui te ronge que tu mets en œuvre toutes les ruses pour priver nos âmes de la gloire céleste. Quant au retour des âmes en ce monde, la chose n’est pas comme tu dis, puisque de temps en temps, selon qu’il plaît à Dieu, elles viennent fortifier notre foi et nous consoler ; et de mes propres yeux j’en ai vu plusieurs, revêtues d’un corps, apparaître à mes yeux. »

II

Déjà le Seigneur manifestait au dehors la sainteté de Catherine. Un matin, un vertueux prêtre de la ville était en prières : tout à coup son Ange gardien l’invita à quitter pour un moment les hauteurs de la contemplation, afin de voir une admirable créature. « Il m’est pénible de laisser Dieu pour une créature, répondit le saint homme; toutefois si telle est la volonté du Seigneur, je n’ai qu’à obéir. » Revenant donc à ses sens, il aperçut près de lui une enfant de dix ans, revêtue d’une robe tout éblouissante. « Qui êtes-vous ? » lui demanda-t-il. — « Je suis Catherine de Racconigi, pauvre des biens temporels, mais, par la grâce du Dieu tout-puissant, riche en biens spirituels. Je vous prie de vous souvenir de moi dans vos oraisons, afin que j’obtienne du Ciel tous les secours qui me sont nécessaires. C’est pour ce motif que j’ai été amenée ici. » A ces mots, elle disparut. Un ami de ce bon prêtre, ayant su le fait, vint trouver Catherine et lui demanda comment elle s’était introduite à une heure si matinale chez le serviteur de Dieu. Malgré sa vive répugnance, elle finit par répondre : « Je ne saurais vous l’expliquer ; tout ce que je puis dire, c’est qu’un Ange m’y a conduite. »

A treize ans notre Bienheureuse fit vœu de virginité. La nuit suivante, sainte Catherine de Sienne lui apparut et l’assura que son vœu avait été fort agréable à Jésus et à Marie. Puis elle lui présenta deux belles roses, l’une rouge, l’autre blanche, que lui envoya son divin Époux, la rouge pour lui rappeler l’amour ardent que Jésus a montré aux hommes en répandant son sang afin de les sauver ; la blanche, pour marquer l’innocence de vie qui seule la rendrait digne de l’Agneau sans tache. Catherine ressentit dès lors de plus vifs désirs de la retraite et de la solitude. La conversation lui était devenue si insupportable qu’elle fuyait le monde autant qu’il lui était possible, excepté lorsque l’honneur de Dieu et le bien du prochain étaient en cause.

Nous n’entrerons pas dans le détail des assauts qui lui furent livrés par les hommes et les démons pour l’induire en tentation et au mal. La lutte dépassa en violence ce qu’on pourrait imaginer et dura de longues années. Mais soutenue par la force d’en haut, l’intrépide vierge remporta une victoire éclatante sur ses ennemis et mérita comme récompense d’insignes faveurs. Rapportons-en quelques-unes.

Le jour de la fête de saint Etienne, la Bienheureuse demandait avec larmes au premier martyr de lui obtenir la grâce de rester pure de cœur, de corps et d’esprit, comme lui-même l’avait été, une fois élu par les Apôtres pour remplir le ministère du diaconat. Saint Etienne se montra entouré d’une splendeur céleste : « O ma sœur, dit-il, sèche tes larmes, car Dieu a exaucé tes prières. Oui, bientôt tu seras délivrée de toute tentation. Prépare-toi à recevoir le Saint-Esprit. » En même temps le Séraphin chargé de sa conduite lui dit à son tour : « Oui, prépare-toi, car la vertu du Tout-Puissant va descendre ! » A l’instant même une lumière merveilleuse vint se poser sur la tête de Catherine. Une douceur inexprimable envahit son âme avec une chaleur si vive qu’il lui semblait être toute en feu, et elle entendit distinctement ces paroles : « Je viens habiter en toi afin de purifier, d’illuminer, d’embraser ton cœur et de te donner la vie. »

Depuis ce jour, il resta sur les traits de la jeune vierge un reflet visible de la grâce reçue. Les voisins très étonnés, soupçonnant Catherine de recourir à quelque essence pour colorer son teint, lui demandèrent ce qu’elle mettait ainsi sur son visage. La jeune fille répondit en souriant que sa recette n’était autre qu’un peu de pain, voulant parler de la sainte Eucharistie. La surprise de ses parents fut plus grande encore, car ils savaient bien qu’elle n’usait d’aucune industrie, mais qu’au contraire, elle jeûnait fréquemment au pain et à l’eau et différait souvent son repas jusqu’au soir. Pendant nombre d’années, Catherine pratiqua cette austérité tout le temps de l’Avent et du Carême, et il n’était pas rare qu’elle restât un jour entier sans boire ni manger. Plus tard, elle ne prenait de nourriture que trois fois par semaine ; et cela dans l’unique but de perdre sa beauté naturelle, de crainte qu’elle ne lui devînt une occasion de péché. Non contente de ces jeûnes rigoureux, la servante de Dieu se serrait la taille d’une grosse corde qu’elle changea contre une ceinture de fer très aiguë. Elle portait en outre un cilice qu’elle ne quitta qu’au déclin de sa vie, lorsque l’âge eut sensiblement diminué ses forces.

Le démon, sans cesse repoussé et vaincu, revenait toujours à la charge, amenant avec lui les esprits les plus immondes pour livrer à cette âme angélique de nouveaux combats. La plus grande épreuve que la Bienheureuse eut à endurer lui advint en l’année 1512, au mois d’avril. Pendant sept jours consécutifs, elle se vit harcelée de tentations horribles sans un instant de répit. Ses larmes coulèrent en abondance mais n’apportèrent point d’allégement à son état. Le Ciel semblait sourd à la voix de ses gémissements. Dans cette cruelle angoisse, elle alla trouver son confesseur. L’homme de Dieu lui conseilla de se jeter en posture de suppliante devant son crucifix et d’attendre de lui seul le secours dont elle avait besoin. Catherine obéit ; retirée dans sa chambre, elle supplie, elle conjure son Sauveur bien-aimé de la traiter selon sa grande miséricorde et les mérites infinis de sa Rédemption : « O Jésus, mon espérance, s’écrie-t-elle, envoyez-moi la mort ou telle affliction qu’il vous plaira, plutôt que de me laisser exposée au danger d’une tentation si importune. » Jésus-Christ parut alors et dit: « Ne crains rien, puisque je suis avec toi. Moi qui me fais appeler ton espérance, je ne t’ai jamais abandonnée ; pendant l’épreuve, j’habitais au fond de ton cœur et j’affermissais ta volonté dans la résolution de demeurer toujours vierge. »
Pendant qu’il parlait de la sorte, deux Anges se présentèrent et ceignirent les reins de Catherine avec un cordon d’une blancheur céleste. « Au nom du Seigneur, lui dirent-ils, nous te ceignons de la ceinture de la chasteté, qui ne se déliera jamais. » Depuis lors et jusqu’à la fin de sa vie, Catherine ne fut plus molestée ni par les aiguillons de la chair, ni par les troubles de l’esprit : au contraire, on eût dit qu’elle infusait le don de pureté à tous ceux qui avaient le bonheur de l’entretenir.

III

Cependant le bruit de sa sainteté se répandait de plus en plus ; on venait la consulter de fort loin, ce qui alarmait grandement son humilité. Pour échapper aux sollicitations des foules, il lui vint en pensée de prendre la fuite et de chercher dans un petit coin des Alpes le moyen de mener la vie érémitique. On était au mois de novembre, la neige couvrait tous les chemins. N’importe, la sainte fille, encore mal remise d’une longue maladie, se leva dès quatre heures du matin, à l’insu de sa mère, pour mettre son projet à exécution. Au moment de franchir le seuil de la maison, elle entendit une voix qui disait : « Arrête : où veux-tu aller ! » C’était un ordre du Ciel, devant lequel elle dut s’incliner. Quelques jours après, Notre-Seigneur lui apparut et lui remit un étendard blanc et rouge dont la hampe était surmontée de la croix. « Prends, ma fille, lui dit-il, quiconque demeurera sous cet étendard sera sauvé. » Et dans une vision subséquente, Catherine fut transportée au ciel, et vit clairement rangés sous son étendard une foule de chrétiens qui, par son entremise, devaient se sauver. « Vois, ajouta Jésus, combien de pécheurs et de pécheresses te doivent le salut. Si je t’avais laissée entrer dans un monastère ou vivre en recluse, ils se seraient perdus. » Paroles qui la remplirent d’une douce consolation.

Pressée de plus en plus par l’ardeur de son amour, la Bienheureuse demandait au divin Maître la grâce de lui ressembler dans ses souffrances. Un mardi de Pâques, l’an 1509, tandis qu’elle repassait dans son âme les souvenirs de la Passion, elle vit paraître Jésus-Christ vêtu d’une robe d’un rouge enflammé, et tout resplendissant de rayons lumineux qui s’échappaient de ses plaies sacrées : « Mon épouse, dit-il, tu désires souffrir, mais connais-tu bien ta faiblesse ? — Ô mon Espérance, répondit la pieuse fille, mes forces sont moins que rien ; de moi-même je suis incapable de tout, il me faut absolument votre puissant secours. — Ta grande foi, reprit Jésus, mérite d’être exaltée, c’est pourquoi je me fais une joie de te rendre participante des douleurs que j’ai endurées aux pieds et aux mains. » A ces mots le Sauveur étendit ses divines mains vers celles de Catherine, et il jaillit de ses plaies comme un dard de sang qui traversa les mains de l’épouse bien-aimée. La même merveille eut lieu aux pieds ; elle était accompagnée d’une souffrance telle que la Bienheureuse sentait ses forces l’abandonner sous la violence du tourment. Longtemps ses membres gardèrent la trace des blessures : grand nombre de témoins affirmèrent avoir vu ses stigmates, entre autres Pic de la Mirandole, qui l’attesta sous la foi du serment. Sur la requête de l’humble vierge, Dieu rendit ces signes cachés au dehors, mais les mains restèrent faibles et endolories; à grande peine Catherine pouvait s’occuper de son métier et vaquer aux divers services de la maison. En outre, elle portait la plaie du côté et la couronne d’épines. Parfois ses vêtements demeuraient trempés du sang qui coulait de ses stigmates, et sa tête paraissait entourée d’un cercle si profondément creusé, qu’on eût pu y insérer le petit doigt d’un enfant.

Le Seigneur gratifia d’autres libéralités sa fidèle épouse. A diverses reprises, il lui posa lourdement la croix sur l’épaule, en lui rappelant que sa vie serait un portement de croix continuel. Un jour qu’elle avait de nouveau médité sur la Passion, elle vit deux Anges tenant en mains une robe blanche parsemée de croix. Ils dirent à Catherine : « C’est de la part de Dieu que nous t’apportons ce vêtement. Tu seras toujours dans une grande amertume jusqu’à la mort. » Catherine prit la robe et répondit : « Que la volonté de Dieu soit faite ! »

Il ne lui restait plus qu’une faveur à recevoir, pour être complètement l’émule de sa sainte patronne : elle l’obtint bientôt.

Le 3 août 1512, dans la vingt-sixième année de son âge, s’étant levée de très bon matin pour prier Dieu, la Bienheureuse aperçut Jésus, accompagné d’un cortège de Saints, parmi lesquels se trouvaient saint Dominique, sainte Catherine de Sienne et saint Pierre martyr. Ce dernier lui ouvrit le côté gauche, et lui retira son cœur. Elle en ressentit des douleurs si vives qu’elle pensa mourir. Un peu revenue à elle-même, elle vit saint martyr, tenant à la main ce cœur, le lui montrer tout livide, souillé de terre, un endroit excepté, où était écrit en caractères d’argent : Jésus spes mea : « Jésus mon espérance ! » Puis, se tournant vers le Sauveur, il le pria de vouloir bien purifier ce cœur de toute tache.

Jésus, avec un visage serein, y consentit, et, ayant rendu clair et vermeil le cœur de son épouse, le lui remit en la bénissant. Alors Catherine éprouva une souffrance telle qu’elle paraissait sur le point d’expirer. Ses parents envoyèrent chercher le prêtre. Celui-ci, voyant le teint de Catherine frais et coloré comme de coutume, fut saisi d’étonnement et soupçonna que la cause de cette maladie n’était pas ordinaire. Il lui ordonna de parler sans rien cacher. Contrainte par l’obéissance, mais humiliée profondément, Catherine dut raconter son merveilleux secret.

IV

Pour mieux conserver les grâces de choix dont elle était favorisée, la Bienheureuse désirait ardemment revêtir l’habit de la Pénitence de Saint-Dominique. La Très Sainte Vierge lui avait annoncé d’ailleurs, dès sa plus tendre enfance, qu’elle le porterait un jour. Mais des obstacles de tout genre semblaient devoir entraver ce dessein. Catherine avait alors pour confesseur un Père Servite, lequel, connaissant son désir de prendre le vêtement religieux tout en restant dans sa famille, lui proposa celui des Sœurs de son institut. « Non, répondit-elle, ce n’est pas celui-là que je dois revêtir, mais celui de saint Dominique. — Vous savez bien, répartit le Père,
qu’il n’existe ici aucun couvent de Frères Prêcheurs. — Dieu fera en sorte qu’il y en ait un », reprit Catherine. Sa prophétie se réalisa, et la servante de Dieu prit solennellement le saint habit, en présence du seigneur de Racconigi, Claude de Savoie, et d’un grand nombre de personnages marquants, ecclésiastiques ou laïques, qui avaient Catherine en profonde vénération.

A quelque temps de là, une vision symbolique la confirma dans l’estime qu’elle avait pour sa famille religieuse.

II lui semblait voir une fontaine très limpide, disposée en forme de puits. L’eau de cette fontaine paraissait profonde, mais en même temps si claire et si transparente qu’il n’était objet si petit qu’elle ne distinguât, et bien que des feuilles et des paillettes surnageassent à la surface, sa vue ne laissait pas d’aller jusqu’au fond et d’y reconnaître une réunion variée de pierres précieuses, aux couleurs et aux qualités différentes. « Maintenant lève les yeux au ciel », lui dit une voix. A cette invitation Catherine aperçut dans une lumière surnaturelle la très sainte Trinité, qui lui semblait une réunion de trois visages en un seul et de trois soleils en un soleil. Il en descendait dans la fontaine une si merveilleuse splendeur que jamais son œil ne vit rien de plus beau. Tout à coup se montrèrent une troupe d’esprits malins. Les uns avaient la forme de loups, de lions, de sangliers ; d’autres la forme humaine avec des mains hérissées d’ongles longs et crochus. Ils cherchaient à tarir la fontaine ou du moins à troubler la limpidité de son onde. Trois jeunes hommes, armés de la tête aux pieds, et portant au front une petite croix d’or, se présentèrent aussitôt et chassèrent au loin les esprits malins.

L’un des jeunes gens découvrit à Catherine le sens de la vision. « Cette fontaine, lui dit-il, représente la famille des Frères Prêcheurs à laquelle tu appartiens. De même que le fond de ce puits laisse sourdre sans interruption une eau très limpide, de même de cette famille dominicaine découlent les vraies et saines doctrines, où les peuples peuvent connaître ce qui est utile à leurs âmes. Les feuilles et les pailles qui nagent à la surface marquent les manquements légers qui ne sont pas de nature à obscurcir tout à fait le cristal de cette mystérieuse fontaine, grâce à la vigilance des supérieurs. Les pierres précieuses placées au fond représentent les bons et vertueux sujets qui, par humilité, se tiennent au rang le plus bas. Différentes de nuance et de grandeur, ces pierres indiquent la diversité des mérites et des dons accordés à chacun, et aussi les degrés distincts de leur amour pour Dieu et de leur gloire future. Que ces vertus cachées les rendent odieux aux démons, et à leurs suppôts, les voluptueux, les hypocrites, les orgueilleux, il n’y a pas lieu de s’en étonner. Mais sois sans crainte, ma fille, la foi et la lumière surnaturelle préserveront si bien cette famille dominicaine que le trouble et la confusion ne pourront s’y établir. En outre, la Vierge Marie et les Anges l’environneront toujours d’une spéciale protection. »

Fidèle à l’esprit de son Ordre, Catherine s’offrit en victime pour le salut des pécheurs, et l’on peut dire que ses vœux furent satisfaits, en partie par ses grandes et continuelles souffrances. A dater surtout de son entrée dans le Tiers-Ordre, sa vie ne devint plus qu’un long martyre. Rien ne l’affligeait autant que l’offense de Dieu et la perte des âmes. A la nouvelle que tel homme venait de tomber dans une grave faute, elle répandait un torrent de larmes, et souvent sa douleur la rendait malade. Alors naquit en elle le désir de porter les peines dues aux pécheurs, afin de fermer ainsi la porte de l’enfer.

Une fois, le Sauveur lui apparut armé d’une épée sanglante avec laquelle il se préparait à frapper ses ennemis. A cette vue, Catherine redoubla ses prières. Mais Jésus lui déclara que le nombre et la gravité des crimes l’empêchaient de se laisser fléchir. « O mon espérance, reprit Catherine à genoux, je confesse que mes péchés me rendent indigne d’être exaucée, mais j’espère tout de votre clémence infinie. » Se levant alors, elle va droit au Sauveur : « Il est convenable, s’écrie-t-elle, que l’épouse retire l’arme des mains de l’époux irrité. Je veux cette épée. » Et Dieu fit grâce aux coupables, à sa considération.

Au carnaval de 1519, tandis que de malheureux chrétiens se livraient à tout le débordement des passions, Catherine s’établissait en état de victime jour et nuit au profit des pécheurs. Jésus lui fit cette réponse : « J’accepte ton offre, mais tu auras à endurer des douleurs si violentes qu’à peine échapperas-tu à la mort. » En effet, peu de jours après, une recrudescence de maux l’obligèrent à garder le lit pendant onze semaines.

Ce n’était pas seulement pour tous les hommes en général, ou pour le salut de sa patrie, théâtre de guerres incessantes, mais encore pour ceux dont les besoins particuliers lui étaient connus, qu’elle offrait ses prières et sa personne même à Notre-Seigneur. Ainsi ayant appris, par une lumière divine, qu’à trois jours de là on devait pendre trois malfaiteurs, l’un à Carmagnole, l’autre à Montalto, et le troisième à Albe, elle demanda leur salut éternel avec toute l’ardeur dont son âme charitable était capable.

Vers la même époque se trouvait dans la prison de la ville un jeune homme fort peu soucieux de ses intérêts éternels. Il fut condamné à mort et recommandé à Catherine. Pendant un mois, elle conjura Dieu de toucher son cœur. Au jour fixé pour le supplice, elle entendit une voix qui lui dit : « Je te fais don de cette âme selon ta demande. » Elle apprit ensuite que l’infortuné s’était montré repentant. On peut dire que jamais personne ne recourut à ses suffrages, sans en recevoir quelque secours. Un noble habitant de Racconigi étant sur le point de mourir, sa mère vint le recommander aux prières de Catherine. Sans délai, la servante de Dieu se transporte au lit du malade, puis fait le signe de la croix sur la poitrine du moribond, où était le siège du mal, et le guérit entièrement.

Une dame venue d’une ville voisine visiter Claude, seigneur de Racconigi, fut atteinte subitement d’une maladie grave et conduite aux portes du tombeau. Le noble seigneur, fort affligé, vint supplier Catherine de demander à Dieu la guérison de cette dame. Lorsqu’il fut sorti, la Bienheureuse se tourna vers les personnes de sa maison et leur dit : « Vous savez combien nous avons d’obligations au seigneur Claude pour ses grands bienfaits à notre égard, prions avec ferveur pour que ses désirs soient exaucés. » Chose admirable! la malade commença incontinent à aller mieux, et en peu de jours se vit complètement rétablie.

Pic de la Mirandole raconte que dans le courant de l’année 1521, un jour que la Sainte était en oraison, deux Anges lui apparurent : ils placèrent devant elle un cercueil où se trouvait un cadavre en putréfaction. Elle comprit aussitôt que sa patrie devait être ravagée par la peste, qui sévissait déjà à Turin et dans les contrées environnantes. Émue de pitié, Catherine pria le Seigneur de la frapper elle-même, mais d’épargner son pays natal. Dieu écouta sa prière. Autour de Racconigi les morts se succédaient sans interruption, mais il en fut autrement pour la ville ; et bien qu’une foule de malades, atteints de la peste, vinssent se réfugier dans les murs de Racconigi, la ville n’eut pourtant à pleurer aucune victime[2].

Le pouvoir de la Bienheureuse sur la nature n’est pas moins admirable.

Un violent orage, accompagné de coups de tonnerre et de grêle, s’était déchaîné sur les campagnes. Sitôt que le péril fut annoncé à Catherine, alors malade, elle se leva, et arrivée à la fenêtre, fit un signe de croix sur les nuages. En un instant, d’après l’attestation d’un témoin, ils se dispersèrent ; la ville et ses environs furent épargnés.

Une autre fois que la servante de Dieu gisait sur sa couche, en proie à une fièvre violente, elle entendit que le feu avait pris à une maison voisine! Elle se lève, comme si elle n’eût plus eu de mal, et s’acheminant vers le lieu du sinistre : « J’espère, dit-elle, que le Seigneur nous aidera. » Comme elle arrivait, les flammes gagnaient déjà les planchers; elle fit le signe de la croix et le feu s’éteignit.

V

Malgré l’estime profonde dont elle jouissait, notre Tertiaire ne manqua ni de censeurs ni d’ennemis. Le divin Maître permit ce trait de ressemblance avec lui-même. Calomnies, persécutions, délaissements, elle connut toutes ces épreuves. Les Religieux de son Ordre, traîtreusement circonvenus, en vinrent à se tourner contre elle. Les choses s’envenimèrent au point qu’on la chassa de la ville, sous les huées et les insultes des libertins, avec défense aux couvents de la région de s’occuper de sa direction spirituelle. Catherine se retira à Caramagna, bourgade éloignée d’environ deux milles de Racconigi. Son bannissement dura plus de deux ans, jusqu’à sa mort. En ces douloureuses circonstances, la charitable vierge ne cessait de prier pour ses ennemis. Elle obtint ce qu’elle demandait : Dieu fit même un miracle de grâce pour ramener l’un deux à de meilleurs sentiments. C’était un prédicateur très en vogue, qui la poursuivait, on ne sait pourquoi, de ses attaques méchantes et passionnées. Or, une nuit, Catherine lui apparut et lui dit d’un ton sévère : « Vous devriez au moins respecter Dieu, qui peut faire de sa servante ce qu’il plaît à sa divine Majesté. » Ce prêtre n’avait jamais vu la Bienheureuse ; mais, s’étant présenté chez elle le lendemain, il reconnut parfaitement celle qui s’était montrée en songe, et dès lors il devint l’un de ses meilleurs amis et de ses plus constants apologistes.

Rien ne devait être aussi fréquent dans la vie de la servante de Dieu que ce don d’apparaître auprès de ceux qu’elle pouvait instruire, reprendre ou sauver. La merveille était de notoriété publique, si bien que les habitants de la région lui avaient donné un surnom qui dans le patois du pays signifiait « Sorcière de Dieu ».

On l’invoquait de toute part ; elle répondait à l’appel, apportant toujours par sa présence visible, bénédiction et salut. Quelquefois, elle se trouvait transportée tout d’un coup à de grandes distances toujours dans un but de miséricordieuse charité. En voici des exemples.

Un certain Antonio de Montaperto, naviguant au-dessus du port de Pise, courait risque d’être submergé. Il se souvint de Catherine et la pria avec grande confiance de venir à son aide. Il achevait à peine que Catherine lui apparut et le tira du danger. Un secours aussi prompt accrut sa confiance envers la Sainte, en sorte que depuis il l’invoquait dans tous ses périls. L’an 1527, il se trouvait sur la flotte génoise, quand s’éleva une bourrasque furieuse, menaçant de tout engloutir. Antonio persuade au capitaine de se recommander à Catherine de Racconigi. Au même instant, il la voit apparaître en l’air au-dessus du vaisseau ; la fureur des vents s’apaise et peu à peu le ciel redevient serein. Deux mois après, Antonio venait remercier sa libératrice qu’il ne connaissait encore que par ses miraculeuses apparitions.

Pendant le feu des guerres dont la péninsule fut le théâtre entre les Italiens, les Français, les Espagnols et les Allemands, la servante de Dieu multipliait ses prières en faveur de la paix. Notre-Seigneur lui apparut un jour et lui dit: « Je suis venu du ciel en terre pour y apporter les semences de la paix ; mais les hommes les rejettent et provoquent mes châtiments par leur inconduite, leur orgueil et leur obstination. — O mon espérance, reprit l’humble fille, vous pourriez les convertir et les ramener à vous. — Ce que tu dis est vrai, mais ce procédé ne convient pas à ma justice, et je respecte leur libre arbitre. Résistant à toutes mes avances, ils se rendent indignes de recevoir la plénitude de ma miséricorde. Et pour que tu reconnaisses la vérité de ma parole, je veux que tu reprennes de ma part tel prince et que tu lui annonces sa mort prochaine et sa damnation, s’il n’a hâte de changer de vie. »

A l’instant même, une main invisible la souleva et lui fit franchir avec la rapidité de l’éclair un espace de cent soixante milles. Le prince se promenait seul dans une salle, quand la Sainte parut devant lui. « Au nom du Sauveur Jésus, lui dit-elle, cessez, je vous en prie, d’entretenir le feu de la discorde et de la guerre dans la république chrétienne. »

En voyant une femme entrer tout à coup et lui parler de la sorte, le prince se troubla, et pensant qu’il avait affaire à un esprit surnaturel : « Ne serais-tu pas le diable, venu pour me tenter ? » lui dit-il. — « Ni le diable, ni aucun esprit, reprit Catherine, mais une simple fille envoyée de Dieu pour vous avertir de votre perte éternelle, si vous ne vous arrêtez sur le chemin où vous courez. » Là-dessus elle disparut, le laissant rempli d’épouvante. Loin de profiter de l’avertissement, le prince persévéra dans ses mauvaises dispositions et mourut impénitent. Il fut donné à la Sainte d’être témoin des opérations de la justice divine sur ce damné. Transportée auprès de ce malheureux, elle le vit dans les tourments de l’enfer. « Me reconnaissez-vous ? » lui dit-elle. — « Oui, tu es Catherine de Racconigi : c’est toi qui m’as annoncé ma mort prochaine et la damnation que je subis en punition de mon impénitence. — O infortuné, reprit-elle, si vous aviez fait ce que je vous disais au nom de Jésus-Christ, vous seriez maintenant dans le royaume des élus ! »

VI

Citons encore quelques-uns des miracles que le Ciel opéra en elle ou par son intercession. Dieu daigna accorder à Catherine le don de prédire des événements futurs et de connaître les secrets des cœurs.

Le comte Pic de la Mirandole, qui ressentait une grande joie de la conversation de la pieuse fille, avait obtenu à force d’instances qu’elle vînt passer quelques jours à son château. Avant d’arriver, Catherine se mit à pleurer abondamment. Interrogée sur le sujet de ses larmes, elle répondit : « Je pleure la ruine qui va fondre sur ce pauvre pays. » L’événement vérifia sa prédiction.

Elle annonça au comte que lui et son fils Albert seraient tués dans l’année 1533, et les engagea à se tenir prêts pour paraître devant Dieu. Après leur tragique fin, elle se vit accablée de souffrances extraordinaires pendant quatre mois, après quoi le comte et son fils lui apparurent, le front orné d’une couronne, et la remercièrent d’avoir abrégé leur purgatoire, en se chargeant elle-même d’une partie de leur expiation.

Parmi ceux qui venaient converser avec Catherine, il y en avait fort peu à qui elle ne dévoilât, en totalité ou en partie, la raison de leur visite, et d’autres secrets dont personne n’avait pu l’instruire. Le Père Morelli, Dominicain, qui fut son confesseur vers la fin de sa vie, a rapporté qu’elle savait lorsqu’il devait venir la voir, et annonçait son arrivée avant qu’il entrât. Elle lui manifestait les désirs ou les peines qu’il éprouvait dans son âme, lui révélait même certaines imperfections secrètes que le vénérable Père cherchait à détruire.

Plusieurs fois il arriva à la Sainte de signaler à tels de ses visiteurs des fautes cachées qu’une fausse honte les avait empêchés d’avouer en confession.

L’an 1544 eut lieu la bataille de Cérisoles, dans laquelle restèrent sur le terrain dix mille hommes entre les deux armées. Catherine vit les morts de l’un des partis presque tous aller en enfer, et au contraire, ceux de l’autre parti presque tous sauvés. On en devina la cause, quand on sut que les premiers étaient pour la plupart infectés de l’hérésie luthérienne, et les seconds bons catholiques, purifiés depuis peu par la confession et la communion pascales.

Non seulement elle savait les secrets des vivants, mais parfois aussi le sort des trépassés. On l’entendit nommer telles ou telles personnes jouissant de la gloire du Paradis, et d’autres retenues encore, dans les flammes expiatrices.

La Bienheureuse employait ainsi pour la gloire de Dieu et le bien des âmes les dons merveilleux qu’elle avait reçus d’en haut. Son action sur les corps, n’était pas moins puissante.

La comtesse Francesca de Cacconato fut guérie de cruelles douleurs de côté, sitôt qu’elle eut fait à Dieu cette prière : « Seigneur, si ce qu’on dit de Sœur Catherine de Racconigi est vrai, je vous supplie humblement de me rendre la santé par ses mérites. »

La même prière eut un effet semblable sur un Religieux de Saint-Augustin et le délivra d’une fièvre qui résistait à tout remède. Une autre personne, nommée Véronique, fut guérie d’hémorragies de longue date, dès que l’exprès qu’elle envoya à la Sainte, alors éloignée de vingt lieues, se fut acquitté de son message.

Depuis nombre d’années, un brave homme tombait du haut mal. En vain avait-il employé tous les remèdes connus pour se guérir : son état ne faisait qu’empirer. Il alla trouver Catherine et se recommanda à ses suffrages avec une pleine confiance. A partir de ce moment, il ne ressentit jamais plus la moindre attaque, ni aucune des crises qui se renouvelaient jusqu’alors à de fréquents intervalles.

Mentionnons encore ce trait charmant. Le 5 du mois de juin 1519, un bon prêtre, venu de loin à Racconigi pour jouir d’un entretien avec la servante de Dieu, l’accosta en plein midi sur la grande place. Pendant qu’ils conversaient, un petit nuage fit ombre sur eux deux seulement et ne disparut qu’au moment où ils se séparèrent. Dieu accomplissait ainsi à la lettre, en leur faveur, les promesses spirituelles qu’il a faites à ceux qui le craignent, de les mettre à couvert des brûlantes ardeurs du soleil.

Mais de toutes les merveilles dont fut remplie la vie de cette fille de saint Dominique, la plus extraordinaire peut-être, et à coup sûr l’une des plus remarquables, a été la haute estime et la profonde vénération que les grands du monde, ecclésiastiques et séculiers, professaient pour cette humble enfant du peuple, née dans l’obscurité, élevée avec le pain de l’aumône, destituée de tout ce que la nature peut offrir pour attirer les yeux et les cœurs. Le seigneur de Racconigi, de la royale maison de Savoie, lui avait voué un sincère et respectueux attachement. Il aimait à la visiter et se donnait volontiers le plaisir de procurer le même avantage aux personnages illustres de passage à Racconigi. C’est ainsi qu’il put faire admirer à l’évêque de Marseille, en le conduisant chez la Sainte, l’esprit de grâce qui parlait par sa bouche. Un moine de Saint-Benoît s’imposa la fatigue d’une marche de soixante lieues, uniquement pour la voir et pour contracter avec elle une liaison de prières qui ne finit qu’à leur mort. Dieu, il est vrai, avait révélé à ce vénérable Religieux la grande conformité que cette vierge devait avoir avec Jésus-Christ, son divin Fils, et son intime participation à toutes les douleurs de la Passion.

VII

La vie de la Bienheureuse touchait à son terme, et, comme pour combler ses mérites, Dieu lui envoya des angoisses spirituelles qui, au témoignage du Père Morelli, remplissaient son âme d’une affliction sans pareille. En même temps se déclara une grave maladie qui devait être la dernière. Un jour que le médecin lui proposait divers remèdes, elle répondit : « Tout remède est inutile, je n’ai plus que quatre mois à vivre. » On était alors aux premiers jours de mai.

Il faut renoncer à peindre la patience, la résignation, la sainte joie avec lesquelles Catherine supporta ses cruelles douleurs, ainsi que les élans de son âme vers Dieu. Elle ne paraissait plus être une créature de la terre, mais un Ange du ciel.

Son état s’aggravant, on lui administra les Sacrements de l’Église. Elle les reçut avec de grands sentiments de dévotion. Après la communion, son cœur fut inondé d’un tel amour qu’elle fut contrainte de s’écrier : « II me semble avoir une fournaise dans la poitrine. Ah ! pourquoi tarde tant le moment où je volerai dans les bras de mon céleste Époux ? »

Ses enfants spirituels entouraient sa couche. Après avoir doucement reposé ses yeux sur chacun d’eux, elle leur adressa quelques paroles pour les engager à fuir le monde et ses maximes, à aimer Dieu de tout leur cœur, à mettre leur unique confiance en Jésus et Marie.

Elle promit de les protéger et de veiller sur eux avec la tendresse d’une mère : puis élevant son regard vers le ciel, elle remit dans un angélique sourire son âme à son Créateur, le dimanche 4 septembre 1547.

Le corps de Catherine exhala, après sa mort, un parfum des plus suaves. Tout le peuple de Caramagna accourut pour le vénérer et l’escorter ensuite au cimetière public, où se fit l’inhumation.

Cependant la dépouille mortelle de la servante de Dieu ne devait point rester dans cette localité. Pendant l’un de ses séjours à Garessio, notre Bienheureuse avait fait son testament. Après avoir écrit en tête ces paroles qui lui étaient si familières : « Jésus, Marie, ma ferme espérance et mon repos », elle ordonne qu’on ensevelisse son corps dans l’église de son Ordre de Garessio, et non pas dans la chapelle du Rosaire des Frères Prêcheurs de Racconigi, comme elle l’avait demandé antérieurement dans un acte testamentaire daté de 1535. Sa volonté fut religieusement exécutée, au grand regret assurément des habitants de Caramagna.

La translation eut lieu cinq mois après sa mort. Tout le peuple, le clergé, les Dominicains, allèrent hors des murs de Garessio recevoir sous un baldaquin la précieuse relique. Le corps était parfaitement conservé et répandait une odeur céleste. Au son joyeux des cloches, à la lueur des flambeaux et au chant des hymnes, il fut porté à l’église et déposé sous un autel. Dès lors, il devint l’objet d’une vénération qu’autorisaient les nombreux miracles obtenus par l’intercession de la Sainte. Son culte se répandit rapidement dans les provinces de Piémont, de Naples et jusqu’en Espagne. Les reliques de Catherine furent exposées publiquement, sa statue, ses images portaient l’auréole avec la couronne d’épines et les stigmates. Enfin, tous les ans, les fidèles célébraient sa mémoire par des fêtes solennelles.

En présence de ces faits, dûment constatés, le Rme Père Pie-Joseph Gaddi, Maître général des Frères Prêcheurs, sollicita du Saint-Siège la reconnaissance du culte public. Pie VII, faisant droit à sa requête, permit à l’Ordre entier, ainsi qu’aux différents diocèses de Turin, de Saluées et de Mondovi, de célébrer chaque année, à la date du 5 septembre, la Messe et l’Office en l’honneur de l’illustre Tertiaire dominicaine. Le décret est du 9 avril 1808[3].

Ajoutons à cette biographie un épilogue.

Quiconque me glorifiera, je le glorifierai moi aussi.

Voilà déjà bien des années que cette parole du Seigneur est vérifiée, même sur la terre, pour la Bienheureuse Catherine de Mattei. Par l’exercice des plus sublimes vertus, par ses souffrances extraordinaires et continuelles pour l’Église, pour les pécheurs, les âmes du Purgatoire, pour ses amis et ses fils spirituels, par ses salutaires conseils donnés à tous, cette humble fille a procuré une grande gloire à Dieu : Dieu, à son tour, l’a comblée d’honneur et de gloire.

Le Sauveur, toujours généreux à l’égard de ses Saints, a voulu que cette âme d’élite jouît sur la terre d’un culte étendu et constamment vivant.

Sa ville natale fut la première à payer à la Bienheureuse le tribut de ses respectueuses vénérations. On voit encore aujourd’hui la maison de Catherine, au centre même de la ville, et depuis longtemps une rue porte son nom. Une antique et constante tradition indique dans cette demeure privilégiée une chambre assez grande, de forme irrégulière, lambrissée en bois, respirant la pauvreté la plus absolue. C’est là que l’illustre vierge reçut le jour et vécut pendant trente-huit ans.

Cette chambre a été, de temps immémorial, convertie en oratoire. Au-dessus de l’autel est représenté le Rédempteur rendant à l’épouse bien-aimée son cœur enrichi de rayons en forme de croix, avec ces mots écrits : Jésus, mon espérance. Sur l’autel, on voit exposé, dans un élégant reliquaire, don de l’archevêque de Turin, Mgr Fran-soni, un os de la Bienheureuse ; c’est un fémur tout entier et parfaitement conservé. Cette relique était un présent fait, en 1751, par les Dominicains de Garessio à là cité municipale de Racconigi, et on venait visiter ces précieux restes dans l’église des Frères Prêcheurs de celte ville.

Claude de Savoie était, comme nous l’avons dit au cours du récit, un ami et un bienfaiteur de la Sainte ; il l’appelait sa chère petite fille et vivait dans un château voisin. Souvent il aperçut au-dessus de la chambre de Catherine une grande lumière, semblable à un incendie. Ce phénomène se produisait quand le Sauveur, la Reine du Ciel, les Anges et les Saints descendaient pour visiter la Bienheureuse.

Lorsqu’une souffrance publique vient frapper la contrée, les habitants de Racconigi, même ceux de provinces éloignées, se rendent aussitôt en pèlerinage à cette sainte demeure. Là, ils entendent la Messe, accomplissent des vœux, demandent des grâces et remercient la Sainte des bienfaits obtenus par son intercession. De nombreux ex-voto, laisses par les fidèles reconnaissants, prouvent que la servante de Dieu prête toujours une oreille attentive aux prières de ses compatriotes. Attiré par la sainteté du lieu, le Révérendissime P. Alexandre Vincent Jandel, Maître général, de 1851 à 1873, voulut donner à sa piété la consolation de visiter ce sanctuaire si riche pour tous en bénédictions.

Cependant Racconigi n’avait pas encore d’église en l’honneur de son illustre enfant. Depuis longtemps, il est vrai, on parlait d’ériger un temple sous le vocable de la Bienheureuse, mais la Providence réservait cette œuvre à notre époque. En 1835, le choléra vint s’abattre dans les murs de la cité. Pleins d’effroi, les habitants recourent à Catherine avec confiance; ils portent processionnellement son image, promettent de jeûner, la veille de sa fête, pendant vingt ans, et de lui donner un riche calice : bientôt le mal cessa de faire des victimes. En reconnaissance d’un si grand bienfait, on résolut d’ériger près de la demeure de la Bienheureuse le temple anciennement projeté. La pieuse reine Marie-Thérèse obtint de son auguste époux, le roi Charles-Albert, la cession gratuite d’une maison voisine pour faire place à une église. L’année suivante, on en jeta les fondements, et l’on mit une inscription latine dont voici la traduction :

« A la Bienheureuse Catherine de Mattei, en reconnaissance de leur délivrance du fléau asiatique, avec l’aide du roi Charles-Albert et de Marie-Thérèse Aura, avec l’assistance du Prieur D. Piasco et du prévôt Sacco, en présence du clergé, tant séculier que régulier, du municipe et du peuple, ses concitoyens, pour accomplir le vœu fait par la ville, ont posé la première pierre de ce temple, la veille des Nones de septembre 1836. »

L’édifice s’éleva aux frais des fidèles, et fut construit de manière à ce que de l’intérieur on pût apercevoir la chambre de la Sainte et y monter par un petit escalier.

L’église paroissiale de Saint-Jean-Baptiste, rebâtie, il y a deux siècles, à la place même de l’ancienne église où Catherine fut baptisée, renferme une chapelle qui lui est consacrée. Chaque année, le premier dimanche de septembre, diverses confréries s’y rassemblent pour célébrer solennellement la fête de la Bienheureuse.

A Caramagna, la maison de Catherine existe encore, et porte ces mots au-dessus de l’entrée :

« Maison où a vécu et est morte saintement la Bienheureuse Catherine de Racconigi. »

Sa petite chambre est devenue une chapelle, visitée par grand nombre de prélats, de prêtres, de hauts personnages et de fidèles de toute condition.

Le Père François Josa, des Frères Prêcheurs, ancien professeur de théologie à l’Université de Turin, et plus tard recteur du séminaire pontifical à Rome, composa jadis, pour être placée dans la chapelle, l’inscription suivante qui en rappelle l’histoire :

« La Bienheureuse Catherine de Mattei de Racconigi, tertiaire de Saint-Dominique, a, dans cette maison, mené pendant de longues années une sainte et merveilleuse vie ; et de cette petite cellule, changée plus tard en oratoire, la Sainte est partie pour le ciel, le 4 septembre 1547. Cette demeure, après plusieurs siècles, fut achetée par le théologien Jacques Gallo de Caramagna, chanoine archidiacre de la cathédrale d’Ivrea. Il en fit son presbytère, et y ajouta la chapelle actuelle et l’enrichit d’or, de marbre et de peintures. Cela était bien juste; car dans un lieu témoin des mystères d’une si haute sainteté, la cité de Caramagna ne pouvait offrir ni moins de reconnaissance, ni moins de piété, à la mémoire de l’épouse de Jésus-Christ. »

Le peuple de Caramagna est plein de dévotion pour sa céleste patronne et célèbre annuellement sa fête avec une solennité touchante ; il lui donnait naguère un nouveau témoignage d’amour en chargeant des Tertiaires dominicaines de la Congrégation de Mondovi de diriger un Asile établi pour les enfants pauvres.

Garessio, nous le savons, devait posséder la tombe de Catherine.

Lors de la suppression des Réguliers en Piémont, au commencement du XIXe siècle, notre couvent et son église furent vendus, et détruits en partie. On transporta les restes de la Bienheureuse dans l’église paroissiale du faubourg supérieur ; on les revêtit d’un corps en cire, suivant l’usage italien, et des vêtements du Tiers-Ordre. C’est là qu’ils demeurent exposés à la vénération publique, dans une chapelle dédiée à la Sainte.

Mentionnons encore les honneurs rendus dans la capitale du Piémont à notre illustre Sœur.

Un saint Religieux, le Père Bernard Sapelli, mort en 1823, gouvernait le couvent et l’église de Saint-Dominique de Turin, au commencement de ce siècle. A la publication du décret apostolique approuvant le culte de la Bienheureuse, il fit célébrer un triduum solennel, et érigea, dans son église, une chapelle à Catherine de Racconigi. L’empereur Napoléon donna l’autel, qui fut consacré par l’archevêque, Mgr Costa de la Tour, sénateur de l’empire.

Catherine est encore vénérée dans d’autres églises de Turin. Les fabricants et les ouvriers en rubans l’ont choisie pour patronne ; car, d’après l’usage des jeunes filles de Racconigi, la Bienheureuse, durant sa vie, exerçait leur métier.

A Chieri, son culte est très florissant. Notre Ordre possédait autrefois deux couvents dans cette ville. On y remarquait surtout celui de Sainte-Marguerite, dont il ne reste plus que l’église. Les Dominicaines qui l’habitaient professaient pour Catherine de Racconigi une extraordinaire dévotion. Son image, mise en une place d’honneur, la représentait entourée de l’auréole, couronnée d’épines, portant une grande croix sur l’épaule, une petite sur le cœur, les stigmates et un lis dans les mains. Au-dessus de sa tête planait le Saint-Esprit en forme de colombe.

L’autre couvent est actuellement encore celui de nos Pères. L’une des plus belles chapelles de leur vaste église est dédiée à la Bienheureuse, devenue l’aimable Patronne des Tertiaires de la localité.

Plus loin, vers l’orient, à cinq lieues de Racconigi, on rencontre la petite ville de Poirino, habitée par une population très sympathique à notre Ordre. Nos Pères y desservent une paroisse. Là encore, la fidèle amante de Jésus reçoit des honneurs et une vénération que rien ne peut interrompre. La chapelle, où se réunissent les confrères du Saint-Nom de Jésus, est décorée d’une riche peinture représentant le Seigneur Jésus et deux enfants de saint Dominique agenouillés devant lui. L’un est Henri Suso, qui se découvre un peu la poitrine et montre au Sauveur son Nom adorable qu’il y a gravé avec un stylet ; l’autre est Catherine de Racconigi, tournée avec amour vers Notre-Seigneur et lui présentant son cœur, sur lequel on lit ces mots : Jesus spes mea.

L’une des dernières œuvres de Dom Bosco, celle qui couronna sa sainte vie et qu’il eut le rare bonheur de conduire à terme, fut l’érection sur le Mont Esquilin, à Rome, d’une magnifique basilique dédiée au Cœur de Jésus.

La coupole, d’une hardiesse pleine de grâce et de majesté, retrace un sujet merveilleusement traité par le peintre Monti : la glorification du Sacré-Cœur. Dans cette peinture, le Sauveur montre son Cœur à Marguerite Alacoque et à Catherine de Racconigi : les deux Bienheureuses, le visage resplendissant, le contemplent en extase[4].

Sainte Catherine de RacconigiNOTES

[1]L’ouvrage a pour titre : Compendium des choses admirables faites par la Bienheureuse Catherine de Racconigi, vierge très pure de l’Ordre de la Pénitence de Saint-Dominique, divisé en dix livres, et composé par Jean-François Pic, prince de la Mirandole et comte de la Concorde, et terminé par le Père Pierre-Martyr Morelli de Garessio, de l’Ordre des Frères Prêcheurs, avec notes. — Chieri et Turin, 1858. — Une tertiaire de Turin a généreusement fait les frais de l’édition de cette précieuse en outre les deux testaments delà Bienheureuse Catherine, et Massoli, Maître en sacrée théologie.
[2] La commune, sans doute, pour accomplir un vœu et perpétuer le souvenir de cette grâce, avait construit une chapelle dans l’église des Frères Prêcheurs. Mais en 1600, l’on éleva un autre temple plus grand et plus cher à la place même du premier et la peste menaçant de nouveau Racconigi, le Conseil y établit une autre chapelle avec cette inscription :

D.  O.  M,

 Epidemicae lue

Toto Pedemonte invalescente

Racconisii populus

 Incolumitati suae consulens

 Antiqui voli non immemor

 Catharinae de Matteis

 Sacellum extruxit et dicat

 Anno Domini

 MDCXXX

« Menacé par l’épidémie qui ravageait le Piémont, le peuple de Racconigi, pour détourner ce danger, et instruit par le vœu qu’il avait fait autrefois, a élevé ce sanctuaire à Catherine de Mattei, en l’an du Seigneur 1630. »
— La chapelle est élégante, enrichie de dorures, de statues et de fresques. Le tableau placé au-dessus de l’autel représente la Sainte Vierge, la Bse Catherine et quelques-uns des Saints qui lui apparaissaient pendant sa vie. Sur le côté, on voit un cœur entouré de rayons et environné d’Anges. Le conseil municipal se rend à cet autel le 29 août, y fait une offrande et entend la Messe.
[3] Le Père Pie Antoine Molinieri, de Chieri, fut l’un des plus ardents promoteurs de la cause de Catherine. Avant lui, certainement, d’autres avaient travaillé efficacement à sa gloire. Catherine d’Autriche, duchesse de Savoie, les princes, ses enfants, le vénérable Jean d’Ancina, évêque de Saluces, demandaient depuis longtemps que notre Sœur fût déclarée Bienheureuse. La mort de tous ces personnages, les guerres qui eurent lieu de leur temps, les empêchèrent de conduire à terme cette sainte entreprise. Le Père Molinieri fut plus heureux. Il porta la cause devant le Siège apostolique et obtint une glorieuse victoire. — La nouvelle lui en avait été donnée ; il apprenait que de grandes solennités se célébraient en l’honneur de la Bienheureuse; lui-même avait composé les belles leçons et les oraisons de l’Office et de la Messe; mais alors il passa au repos éternel, la veille de la fête de la Bienheureuse, l’an 1811, au milieu des regrets de son Père et ami, le Rme Père Gaddi, Maître général de l’Ordre.
[4] Les détails qu’on vient de lire sur la gloire posthume de la servante de Dieu furent communiqués jadis par le Père Jean-Dominici Vaccarino, du couvent de Racconigi, à L’Année Dominicaine de Paris, qui les a publiés en 1861.

 

( 5 décembre, 2012 )

Saint Georges

Saint Georges naquit à Lydda, en Palestine, l’an 280, saint Eutychien étant pape et Probus empereur. Son éducation fut toute chrétienne. Il suivit la  carrière des armes comme son père, et bientôt sa beauté, sa distinction, son courage, l’élevèrent à la dignité de tribun militaire dans la garde impériale.

Dioclétien ayant rallumé la persécution contre les Chrétiens, l’indignation  de Georges éclata en face même du tyran, devant lequel il exalta la grandeur du Dieu véritable et confondit l’impuissance des fausses divinités. Sa noble audace lui mérita le reproche d’ingratitude et des menaces de mort. Georges s’en réjouit, loin de s’en inquiéter, et profita de ses derniers jours de liberté pour distribuer ses biens aux pauvres et affranchir ses esclaves.

Ainsi préparé aux combats du Christ, le tribun aborde l’empereur lui-même et plaide devant lui la cause des Chrétiens. « Jeune homme, lui répond  Dioclétien, songe à ton avenir ! » Bien que Georges n’ait guère que vingt ans, le seul avenir qui le préoccupe, est l’avenir éternel ; aussi ajoute-t-il sans crainte :  « Je suis Chrétien, je n’ambitionne ni ne regrette rien dans ce monde ; rien ne saurait ébranler ma foi. »

Le vaillant jeune homme est alors battu de verges, puis il subit l’affreux supplice de la roue, après lequel un ange descend du Ciel pour guérir ses blessures.

Georges, quelques jours après, reparaît plein de vie en présence de l’empereur, qui le croyait mort ; il lui reproche de nouveau sa cruauté et l’engage à reconnaître le vrai Dieu. Trois jours il est abandonné sur un lit de chaux vive ; on lui met ensuite des chaussures de fer rougies au feu, on lui fait avaler un poison très violent : Georges, par la grâce de Dieu, subit toutes ces épreuves sans en ressentir aucun mal ; plusieurs païens même se convertissent à la vue de tant de merveilles. Reconduit de nouveau dans sa prison, l’athlète invincible de la foi vit en songe Jésus-Christ descendre vers lui : « Georges, lui dit-Il en lui présentant une couronne de pierres précieuses, voilà la récompense que Je te réserve au Ciel ; ne crains rien, Je combattrai avec toi demain, et tu remporteras sur le démon une victoire définitive. »

Le jour suivant, Dioclétien tâcha d’ébranler le martyr par des flatteries : « Conduisez-moi devant vos dieux », dit Georges. On l’y conduit, croyant qu’il  va enfin sacrifier. Parvenu devant la statue d’Apollon, il fait le signe de la croix et dit : « Veux-tu que je te fasse des sacrifices comme à Dieu ? » La voix du démon lui répond, par la bouche de la statue : « Je ne suis pas Dieu ; il n’y a de Dieu que Celui que tu prêches. » Et en même temps des hurlements effrayants se font entendre dans le temple, et la statue tombe en poussière. Le peuple s’enfuit épouvanté, et l’empereur se hâte de se débarrasser du martyr en lui faisant trancher la tête.

C’était l’an 303, saint Marcellin étant pape, Dioclétien empereur.

Saint Georges est l’un des quatorze Saintts Auxiliaires.

(texte tiré de :http://www.cassicia.com/FR/La-vie-de-saint-Georges-martyr-patron-de-l-Angleterre-des-Scouts-Fete-le-23-avril-No_443.htm )

Saint Georges dans Vie de Saints st-george-dragon

PRIERE A SAINT GEORGES

 » Ô George ! Vous êtes l’honneur de la milice chrétienne. Le service du prince temporel ne vous a pas fait oublier ce que vous deviez au Roi du ciel. Votre sang généreux a coulé pour la foi du Christ, et en retour le Christ vous a établi chef et conducteur des armées chrétiennes. Soyez leur appui devant les bataillons ennemis, et assurez la victoire aux défenseurs de la cause juste. Protégez-les sous les plis de votre étendard, couvrez-les de votre bouclier, et répandez la terreur devant eux.

Ô puissant guerrier, la milice temporelle n’est pas la seule qui s’exerce ici-bas : il en est une autre dans laquelle sont enrôlés tous les fidèles du Christ! Le grand Saint Paul, parlant de nous tous, a dit :  » qu’il n’y aura de couronnés que ceux qui auront légitimement combattu «   (II Tim. II, 5.). Nous avons donc à compter sur la lutte en ce monde, si nous écoutons les exhortations que nous adresse le même Apôtre :  » Couvrez-vous de l’armure de Dieu, afin de  pouvoir tenir contre les embûches du diable. Ayez pour ceinture la vérité, pour cuirasse la justice, pour chaussure la résolution de marcher dans la voie de l’Evangile, pour bouclier la foi, pour casque l’espérance du salut, pour glaive enfin la parole de Dieu  » (Eph VI, 13-17.).

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